Laudato Si, une parole d’espérance

Laudato Si, une parole d’espérance                                             

 

 

En mai 2015, pour la fête de Pentecôte, le pape François a offert aux chrétiens et à chaque habitant de cette terre, une encyclique sur l’écologie, Laudato Si, Loué sois-tu, mon Seigneur ! Encyclique qui est tout un programme et plus que jamais d’actualité à l’heure où certains se retirent des accords de Paris sur la COP 21 et opposent un déni provocateur à cette crise majeure de notre planète et de son devenir.

Nous sommes tous concernés par la sauvegarde de notre maison commune et interpellés à en prendre soin, en prendre soin aujourd’hui afin de pouvoir y vivre de manière harmonieuse et heureuse et en prendre soin aussi pour le futur afin d’assurer l’avenir des générations futures en leur léguant une terre habitable. Et le pape ne craint pas de nous interroger : « Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? » LS160

Comment faire naître un vrai souci écologique ? Il nous faudra des motivations et des convictions profondes. Celles-ci peuvent éclore si notre cœur se laisse toucher par la clameur qui monte de notre terre et la clameur des abandonnés de notre terre : « Une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. » LS49 et il poursuit : « Ces situations provoquent les gémissements de sœur terre, qui se joignent au gémissement des abandonnés du monde, dans une clameur exigeant de nous une autre direction. Nous n’avons jamais autant maltraité ni fait de mal à notre maison commune qu’en ces deux derniers siècles. Mais nous sommes appelés à être les instruments du Père pour que notre planète soit ce qu’il a rêvé en la créant, et pour qu’elle réponde à son projet de paix, de beauté et de plénitude. » LS53

L’encyclique, et c’est là toute sa nouveauté et sa force par rapport aux discours écologiques classiques, se veut le tenant d’une écologie intégrale. C’est là le centre de tout son développement et qui fera l’objet d’un chapitre entier, le chapitre IV. « Quand on parle d’environnement, on désigne en particulier une relation, celle qui existe entre la nature et la société qui l’habite. Cela nous empêche de concevoir la nature comme séparée de nous ou comme un simple cadre de notre vie. Nous sommes inclus en elle, nous en sommes une partie et nous sommes enchevêtrés avec elle. Les raisons pour lesquelles un endroit est pollué exigent une analyse du fonctionnement de la société, de son économie, de son comportement, de ses manières de comprendre la réalité… Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément préserver la nature. » LS 139

Ce sont toutes les dimensions de la vie, de l’être humain qui doivent être prises en compte, mises en relation. Tout est lié, tout est en interaction, en interdépendance. Et nul ne s’étonnera que le pape insiste sur le dialogue. Ce dialogue qu’il pratique déjà lui-même, en interrogeant les meilleurs experts scientifiques de l’environnement, comme il le fait dans son premier chapitre sur la situation actuelle : « ce qui se passe dans notre maison » et qui lui permet de dresser un tableau fondé des divers problèmes : la pollution et le changement climatique, la question de l’eau, la perte de la biodiversité, la détérioration de la qualité de la vie humaine et la dégradation sociale, l’inégalité planétaire. Et au chapitre cinquième, il prônera le dialogue comme mode d’action pour répondre à toutes ses problématiques et mettre en œuvre des solutions efficaces, tous ensemble, au niveau international, national, régional, sur le plan politique ou économique tout comme sur le plan éducatif, et sans oublier la part positive que peuvent apporter les religions elles aussi en ce domaine.

Et pour nous, chrétiens, nous savons combien notre foi peut nous apporter les motivations profondes de transformation. Nous recevons cette terre comme un don précieux du Père : « Pour la tradition judéo-chrétienne, dire création, c’est signifier plus que nature, parce qu’il y a un rapport avec un projet de l’amour de Dieu dans lequel chaque créature a une valeur et une signification. La nature s’entend d’habitude comme un système qui s’analyse, se comprend et se gère, mais la création peut seulement être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous, comme une réalité illuminée par l’amour qui nous appelle à une communion universelle. » LS76

Nous sommes appelés à recevoir cette réalité et à vivre une conversion écologique dans notre vie quotidienne, par une sobriété heureuse et féconde. «  Un écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme. » LS230 « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire ; car, en réalité ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas, et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples. Ils ont ainsi moins de besoins insatisfaits, et sont moins fatigués et moins tourmentés. On peut vivre intensément avec peu, surtout quand on est capable d’apprécier d’autres plaisirs et qu’on trouve satisfaction dans les rencontres fraternelles, dans le service, dans le déploiement de ses charismes, dans la musique et l’art, dans le contact avec la nature, dans la prière. Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie. » LS223.

Aussi le ton de l’encyclique est-il tout entier pétri d’espérance, de cette confiance dans l’amour inaltérable du Père. « Le monde est plus qu’un problème à résoudre, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et la louange. » LS12 C’est à un chant de louange auquel nous sommes invités à la suite de Saint François d’Assise, figure emblématique de Laudato Si : « Marchons en chantant ! Que nos luttes et notre préoccupation pour cette planète ne nous enlèvent pas la joie de l’espérance. » LS244